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    March 01

    L'ange déchu

     

    Après nous être élevés vers la Hiérarchie Céleste des Anges, il est temps pour nous de retrouver les profondeurs chthoniennes et de partir à la rencontre du Mythe de l'Ange déchu : Lucifer !

    Avant que l'Eglise catholique ne le rendre ténébreux, Lucifer avait une connotation positive. En effet, son origine latine le pare de lumière. Son nom a pour racine Lux, Lucis qui désignait la lumière et le suffixe Ferre qui désignait le fait de porter. Il était donc le Porte Lumière, celui qui a la Connaissance et le Savoir. Ce nom a d'ailleurs été utilisé pour désigner le Christ (eh oui !) : celui qui représente La lumière du monde. De même, pendant les 3 premiers siècles de l'Eglise chrétienne, bon nombre d'écclésiastiques ont porté ce nom.

    Dans l'Antiquité romaine, Lucifer était un dieu céleste. Fils de Jupiter et de la déesse Aurore, il avait pour charge d'atteler et de dételer les chevaux du char conduit par le Soleil. Il était donc considéré comme le guide des astres. A Rome, Diane (Artémis), la déesse lunaire était aussi appelée Lucifera, la Porteuse de lumière. De plus, tous les matins nous le voyons à l'aube, car il est l'étoile du matin, la planète Vénus qui brille à l'Orient. Les Grecs eux aussi avaient connaissance du dieu Lucifer et ils le nommaient Phosphoros ou Eosphoros. A Babylone, Vénus était connue sous le nom d'Ishtar, déesse des batailles, de l'amour et de la fécondité.

    Mais d'où vient le fait que Lucifer, le plus beau des Anges, soit devenu le prince hideux des Ténèbres ?

    Tout vient malheureusement d'une mauvaise interprétation (ou manipulation ?) des Ecrits (Livre d'Isaïe 14.12) et d'une volonté évidente de diaboliser les lucifériens. Ces derniers étaient les disciples d'un certain Lucifer, évêque de Cagliari (Sardaigne). Ce dernier était opposé au ralliement des Ariens (courant religieux insoumis) à l'Eglise en place. Il forma donc un groupe de dissidents ce qui provoqua le schisme d'Antioche (séparation d'avec l'Eglise chrétienne). C'est Saint Jérôme de Stridon (traducteur des Ecrits Saints, et notamment de la Bible en latin), adversaire acharné et déclaré des Lucifériens, qui va donner naissance au mythe de la Chute de Lucifer et de ses anges. Ainsi, il a pu combattre les disciples de l'évêque Lucifer en les accusant d'hérésie (Liber contra Luciferianos, 379). Ce n'est donc qu'à partir de ce Haut Moyen Age que le nom de Lucifer a été employé pour désigner Satan (le chef des anges qui se sont rebellés, l'ennemi de l'humanité et de Dieu).

    Et c'est depuis ce temps-là que Lucifer arpente les sentiers de la perdition, poussé par son orgueil à se rebeller contre Dieu !

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    "Variations" sur L'Ange déchu d'Alexandre Cabanel, 1847, musée Fabre, Montpellier et c'est encore mieux d'aller voir ce tableau en vrai, il est encore plus beau !

    Et voici un poème que j'ai trouvé fort approprié au plus bel ange des profondeurs !

    Hymne à la beauté
    Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme
    O Beauté ? Ton regard, infernal et divin,
    Verse confusément le bienfait et le crime,
    Et l'on peut pour cela te comparer au vin.

    Tu contiens dans ton œil le couchant et l'aurore;
    Tu répands des parfums comme un soir orageux;
    Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
    Qui font le héros lâche et l'enfant courageux.

    Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
    Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien;
    Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
    Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.

    Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques;
    De tes bijoux l'Horreur n'est pas le moins charmant,
    Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
    Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.

    L'éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
    Crépite, flambe et dit: Bénissons ce flambeau!
    L'amoureux pantelant incliné sur sa belle
    A l'air d'un moribond caressant son tombeau.

    Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe,
    O Beauté ! Monstre énorme, effrayant, ingénu !
    Si ton œil, ton souris, ton pied, m'ouvrent la porte
    D'un Infini que j'aime et n'ai jamais connu ?

    De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène,
    Qu'importe, si tu rends, - fée aux yeux de velours,
    Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! -
    L'univers moins hideux et les instants moins lourds ?

    Baudelaire Charles, Les Fleurs du mal, 1860

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